31 octobre 2005

"Le Sidobre attend ! Vous, qui point ne l'avez vu..."

Vamos a...la montaña !!

Au départ, ce week-end du 1er novembre devait prendre des accents espagnols. Après avoir un instant penché pour Barcelone, mon prof "que se llama Alvaro y que es Columbiano" m'a convaincu d'aller faire un tour à San-Sebastian, au pays Basque espagnol.
Oui mais voilà, San Sebastien est à 3h30 de route depuis Agen et l'aller-retour dans la journée c'est un peu fort de café ! L'Espagne repassera une autre fois !

A la place, pourquoi n'irions nous pas, Anne et moi, rendre une petite visite à Sandy & Rémi dans leur nouvel appartement tout neuf en plein coeur de Toulouse...on pourrait en profiter pour aller faire une excursion dans les Pyrénées...eh bien non, sur les conseils avisés de Grand-mère, nous ferons finalement, Anne, Sandy, Rémi et votre serviteur, une randonnée dans le Sidobre !!

Le Sidobre, KésaKo ??
Il y a 300 millions d’années, un magma liquide de roches en fusion était enfoui à plusieurs dizaines de km de profondeur sous une énorme montagne (chaine Hercynienne) dont il ne subsiste que le Massif Central incluant la Montagne Noire et le Sidobre. Cette montagne a été usée par l’érosion. Il y a 285 millions d’année, sous terre, le magma, s’est refroidi pour donner une roche cristalline composée de 3 minéraux, le mica, le quartz, le feldspath. Aujourd’hui pour simplifier on peut dire que le Sidobre est un bloc de granit de 10 km de long, 10 km de large, 10 km de profondeur dont la surface est fissurée par l’érosion, mais en profondeur la roche est massive.
Il se trouve à 1h30 à l'Est de Toulouse, dans le Tarn et près de Castres.

Ce lundi 31/10/05, sous la grisaille, nous quittons donc Castres dans la p'tite voiture de l'ami Rémi. Nous arrivons rapidement aux pieds d'un massif élevé, peu accidenté, recouvert de forêts de conifères et de caduques.
Sans crier gare, la route entame de tortueux lacets, paraîssant vouloir désarçonner les voyageurs imprudents. Certes, ce massif ne possède pas les dents pointues des chaînes Pyrénéennes, mais ses virages relevés, ses épingles à cheveux, feraient assurément baisser bas les braquets aux cyclistes les plus avertis !

Le Saut de la Truite

Comme nous montons, pas âme qui vive...pas même une cabane de chasseur.
La forêt, déjà fort rouillée par la pluie d'automne, enserre la route d'un écrin de silence. Nous montons toujours, dans l'attente d'un signe qui ne semble jamais devoir venir.
Soudain, au détour d'un virage, surgit enfin une indication: "ci-après, le Saut de la Truite" clame un petit panneau placé par on ne sait qui...le Malin des lieux, sans l'ombre d'un doute...

1,5 Km plus loin, après avoir abandonné l'auto sur un parking sommairement aménagé en pleine forêt, nous découvrons des échelons qui s'élèvent entre les arbres...et quelques dizaines de mètres plus haut, émergeant d'un tourbillon d'arbres verts et ocre, la Truite !

Mais laissons la parole à notre experte es-poissons, qui va nous expliquer un peu mieux ce dont il s'agit là...

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A cet endroit, l'eau s'élance d'un massif de blocs granitiques qui descend à pic. Lorsque il a dessiné le plongeon de l'onde bleu, le grand artisan des lieux semble avoir été inspiré par ce farouche poisson des torrents, dont les reflets arc-en ciels font se pâmer les pêcheurs en culotte courte et ôtent la voix à ceux qui n'en sont plus à leur premier goujon !
Le résultat est tellement saisissant que je reste longtemps scotché devant le tableau !!

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Qui a mis le pied là où y faut pas ???

Après cette étape contemplative, nous retournons à la voiture et reprenons notre ascension...pas pour longtemps ! L'agréable odeur de quelqu'un qui a mis son pied dans un petit souvenir laissé par un brave Toutou emplit bien vite l'habitacle.
Anne est la première à s'en apercevoir...normal, s'est aussi elle qui "y a mis la patte", comme dit si bien la chanson !

La route qui mène vers le petit village de Lacrouzette est escarpée, délaissée de toute habitation. Au détour d'un virage, nous entrevoyons bien quelques maisons un peu plus haut...certainement un hameau.
Au-dessous de celles-ci apparaît une décharge publique réservée aux blocs de granits. Elle semble recouvrir la montagne d'un voile uni, couleur de chaux. Des pierres, abandonnées en ce lieu solitaire, émane une lumière blafarde, laiteuse, comme d'un miroir usé, posé à même le sol, reflètant ce ciel de nuages et d'écume qui nous surplombe depuis de longues heures déjà.

Au détour d'un ultime tournant apparaît le village de Lacrouzette, replié sur le flanc de la montagne. Je n'aurais pas imaginé un village de cette taille dans ce coin apparement oublié des Cieux. Et pourtant...

Entrée au centre-ville, freinage au frein à main (c'est pas moi, c'est Rémi !!), coup d'oeil au panneau d'information, nous voici repartis. Direction: le Peyro Clabado !

Le Peyro clabado...le quoi ?!

Le PEYRO CLABADO est un bon vieux rocher, en granit comme tout le massif du Sidobre. Il pèse 780 tonnes et tient en équilibre sur une autre pierre, que l'on nomme la Clef...de voûte !
La jonction de ces deux rocs mesure un mètre carré et l'ensemble est situé sur le Pic des Fourches à 1 km de Lacrouzette.
Si vous êtes téméraires, glissez-vous donc sous le caillou gigantesque...et admirez les "marmites" ( les marmites sont des cavités creusées par l'érosion, avec l'aide de graviers et de galets, dans une roche assez compacte pour s'user sans s'émietter).
Nos ancêtres le nommaient le "Roc des Pattes" à cause de ces " marmites". Ils croyaient dans le temps à ces prétendus restes préhistoriques: traces de pas de mammouths, de boeufs et d'êtres humains.

Mais comment ce gigantesque rocher s'est-il retrouvé perché sur son copain, ridiculement petit ?

Explication de Rémix:

"En ce lieu autrefois, il y avait un village
en lequel vivait un vieil homme avisé;
connaissant le secret d'un antique breuvage;
qui décuplait les forces de quiconque en buvait..."

Et c'est ainsi l'Homo Rémus Rémix Sapiens,
parent éloigné de notre Rémi à nous,
de son seul petit doigt, jeta là ce caillou...
Le Roi, pour ce haut fait, l'aurait donc nommé Prince !!

Vous ne croyez pas Rémix ? Voyez donc la photo, que vous faut-il encore ?!

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Ok, j'avoue que l'épisode "d'Astérix et Cléopâtre", que nous avons regardé la veille au soir (pour la 1001ème fois en ce qui me concerne, mais quand on aime on ne compte pas !) a laissé quelques traces...

Après l'admiration de ce pittoresque caillou, nous ne manquâmes pas de grimper jusqu'à la table d'orientation qui se trouve un peu plus haut. De Madrid, Barcelone ou même Bordeaux, nous n'aperçûmes absolument rien tant la couverture nuageuse était dense.
Qu'importe, l'esprit aventureux n'a nul besoin du secours des yeux pour se projeter dans des contrées merveilleuses...et des esprits épris de voyages, il y en avait quatre autour de cette ronde table, murmurant le nom de tant de capitales fabuleuses, rêvant les yeux grands ouverts de trésors ineffables...

Le fromage qui fit déborder le vase !

De retour à la voiture, nous décidâmes de faire un saut 3 km plus loin, jeter un oeil au "Roc de l'Oie". Mais Anne insista surtout pour que nous nous arrêtions devant la pierre dite des "Trois fromages"...forcément !

Une légende raconte que la plus belle oie d'un troupeau, était tombé amoureuse du plus beau jars d'un autre troupeau. De leur union naquit un oeuf. Chaque nuit, l'oie s'échappait de sa basse cour pour aller couver dans un nid de bruyère le fruit de ses amours. Mais le propriétaire de l'oie, qui était un enchanteur, la surprit. Il l'autorisa néanmoins à aller couver chaque nuit son oeuf, à la condition de rentrer dès l'aube, sinon, il lui arriverait malheur. L'oie put ainsi continuer de s'occuper de sa progéniture. Mais une nuit, elle s'endormit et aux premiers rayons de soleil, fut transformé en rocs de granit. Depuis, l'oie attend qu'un bon enchanteur lui redonne la vie...

L'Oie est bien là, sagement assise au bout d'un petit chemin. Le cou tendu, elle pose sur ses visiteurs un regard doux comme un duvet...bel oiseau, assurément !!

Après une nouvelle séquence photo, nous partirent à la recherche des "Trois fromages". Devant nous, un petit chemin descendait à travers la forêt. Le sol, jonché de glands et de feuilles humides, glissait comme un pavé recouvert de verglas. 
Plus nous avancions, plus la forêt s'épaississait.
Toujours, nous descendions, jamais ce sentier  ne semblait devoir  cesser:

Ronchonnements fréquents de votre serviteur,
Rémi, fou affamé, ne desserre plus les dents;
Anne, pour son fromage, avance avec ardeur;
Seule Sandy semble aller, le coeur chantonnant !

Ah ! les voici, ces "Trois Fromages"...

Trois pierres colossales, l'une sur l'autre...et puis...rien d'autre !

"Caramba", quelle déception !!!

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Parvenue ici bas en une fosse d'enfer,
n'y trouvant que trois pierres, posées par un Coquin,
la troupe remonta, les visages peu fiers,
sous les rires moqueurs de l'habile Malin.

Après ce fiasco qui nous coûta nos dernières forces, les supplices de la faim finirent par tous nous tourmenter. Rémi, victime d'une crise stomacale aiguë, proposa fort opportunément d'aller savourer quelques sandwichs sur les rives d'un petit lac...approuvé, à l'unanimité !!

Le Lac du Merle

"Poursuit ton chemin, voyageur, atteint la Montagne Noire et, harassé, savoure le repos sur les bords du Lac du Merle..."

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J'ai souvent fréquenté des lacs de campagne. Toujours, leur masque liquide est ridé par le plongeon d'une grenouille, le ballet des mouches d'eau, le saut d'une carpe ou les ricochets du caillou que jette la main d'un enfant.

Mais au Lac du Merle, l'onde demeure d'un calme saisissant. Point de mouvement de vague, aucun clapottis ondulant sur les bords...L'eau, impassible, semble étrangère aux tumultes qui secouent régulièrement nos existences: la cuvette, façonnée dans le granit, a cessé il y a fort longtemps, de subir les agitations frénétiques de la vie.

Le Merle dort à présent, dans un coufin de silence. Tout comme ces géants d'antan que nous voyons, allongés au fond de l'eau, dont seuls les ventres rebondis émergent ça et là, grosses pierres rondes rompant l'uniformité de la surface.

En ce jour de grisaille, l'eau reflète fidèlement la couleur des nuages bas qui nous dominent obstinément.  Et, parce que le Merle est en harmonie avec le Monde, les roches de granit affleurant à sa surface semblent avoir, elles-aussi, emprunté un peu du gris du ciel.

A n'en point douter, le lieu présente un tout autre visage quand revient le printemps, lorsque le ciel, bleu bonheur, promène son insousciance au-dessus de nos têtes.
Les roches, que nous voyons si pâles aujourd'hui, se métamorphosent alors en pépites d'azur, en diamant étincelants au-dessus des flots. Toutes les grenouilles de la région viennent célébrer en ce lieu la renaissance de l'espoir, produisant leurs meilleurs plongeons tandis que passent en un éclair des vols de moineaux, ivres de joies.

Mais en ce début de novembre, l'heure est à l'apaisement des sens, avant le sommeil hivernal.

Aussi, c'est en cette chapelle d'éternité que nous déjeunâmes lentement.

Savourant le calme du lieu, nous délectant de sa douceur, nous trouvâmes chacun, sur les rives du Merle, un souffle agréable à nos âmes, un voile de caresses sur nos plaies, et, surtout, tellement de secours pour nos estomacs...et ce n'est pas Rémi qui, là-dessus, portera la contradiction !!

Fuite et Fin...

Le calme que nous accorda la Merle, la pluie nous le reprit bien vite.
A peine, en voiture, l'orage pointait déjà. Contraint de battre en retraite devant l'ennemi venu des nuages, nous entreprîmes de redescendre vers Castres puis Toulouse.

Le déluge nous suivit tout au long du chemin,
emplit en un instant caniveaux et ornières,
rappelant lui aussi à ces hommes un peu fier,
la puissance du Ciel, la force du destin,

Qui fit, pour nos yeux, le Sidobre majestueux,
relâchat, généreux, la Truite en ce berceau,
déposat sur son socle le Peyro Clabado,
et versa tant de larmes au Merle silencieux.

Compagnons de voyage, voici l'heure venue,
De fermer à présent, le livre d'une aventure,
qui restera à jamais une leçon de Nature.
Le Sidobre attend ! Vous, qui point ne l'avez vu...

Posté par vivien47 à 19:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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