09 septembre 2006

22 v'la l'Médoc !

Quand j'ai dit "oui" à JG, je ne savais pas ce que je faisais...

Je n'avais pourtant pas picolé pour un sou, et pourtant, en plein repas, à une bonne table au Quai Ouest, me voici en train de m'engager pour courir...quoi...rien, un marathon ! Le marathon du Médoc

Je n'étais pas bien fiérot en rentrant à la maison ce soir là. "Dans quoi tu t'es embarqué....hé fada !"

Enfin, le mot lâché, je n'avais pas l'intention de me dégonfler. Aussi fus-je bon pour acheter ma première paire de running et entamer une préparation à l'arrache sur 2 mois d'été.

Vendredi 08/09, veille de la course, je débarque à 22h30 en gare de Bordeaux St Jean. Mum est là pour me récupérer, et nous mettons le cap sur Carcans où j'ai loué un bungalow dans le VVF désert en plein mois de septembre.

Le bungalow est tip-top: taillé pour 8 personnes, nous sommes super à l'aise. La terrasse est sympa, et c'est un pur bonheur que de s'enquiller 300g de pastas à minuit sous les étoiles, alors que l'odeur des pins enivrante emplit l'air encore tiède, témoin d'une journée de grande chaleur. Minuit et demie, il est plus que temps de se coucher !

05h30 du mat', debout ! Un peu courte la nuit...C'est qu'il faut récupérer le dossard de course à Pauillac ce matin, avant 08h. Déjeuner englouti avec une demi-paupière levée, on décolle. Il fait encore bien noir dans les forêts de pins du coin, et ça ronfle sévère à plusieurs km à la ronde. Mais comme nous approchons de Pauillac, nous rencontrons de plus en plus de voitures, qui migrent toutes dans la même direction véritables lucioles dans cette nuit sombre. Le jour pointe, et nous sommes nombreux comme jamais.

Pauillac, à 07 du mat' un jour de médoc c'est...une véritable ville camping ! Caravanes, camping-cars, tentes, matelas à même le sol...chaque mètre carré de parterre est squatté par des dormeurs venus de toute part: les 25 de l'UE ont chacun l'eur caravane...et il y a les voisins russes, turques...Des gens venus de partout, qui s'éveillent en piaillant et riant dans ce petit village du Médoc...La scène est un peu irréelle...

En tout cas, certains gardent la tête froide...et puisqu'il n y a pas d'heure pour tirer un bon vin d'une barique, autant commencer tôt le matin !

Barique

Dossard en poche, je rejoins la ligne de départ. En terme de ligne, c'est plutôt une aie de parking ! L'avenue est comble de monde et il faut chercher longtemps pour se trouver une place au milieu de quelques aventuriers déguisés en robins des bois, d'un barbu au costume de Maya l'abeille et d'une bande d'allemands en collants à paillette ! De nombreux chars décorés s'érigent ça et là dans cette marée humaine, sur lesquels de gais lurons rient aux éclats.

D_part

D_part_2

De chaque côté de la rue, des podiums immenses supportent de jolies midinettes, affublées de costumes marins, main ferme sur la temps dans une militairement sexy...le retour des YMCA girls !

Le speaker égrène un compte à rebours...et nos sympathiques hôtesses haut-perchées débutent des mouvements de "au-revoir" qui feront longtemps dire aux coureurs qu'ils auraient mieux fait de rester tranquillement au point de départ au lieu de partir battre la campagne.

Les 2 premiers kilomètres dureront près d'1/2 heure, passée à marcher, trotter, slalomer...entre des déguisements joyeux, de faux ambulanciers portant un clown sur un brancard, des chars énormes...Dur de se frayer un chemin lorsque l'on part en lointaine position dans ce peloton de carnaval !

Char

Au kilomètre 10, je crois que je peux enfin courir à peu-près normalement. Il est temps ! Le chemin est merveilleux, au milieu des vignes de cette belle région. De temps à autre, nous traversons le parc et la cour d'un château, qui offre aux guerriers des routes quelques verres d'un bon cru...A en croire les attroupements à ces ravitaillements, le nectar est délicieux...perfide aussi, car il a fait alliance avec un soleil de plomb qui monte progressivement et ne tardera pas à faire tourner la tête de nombre de nos amateurs d’œnologie !

Chateau2

Dans les villages que nous parcourons, des ravitaillements ont été dressés par les habitants: grandes tables sur tréteaux, couvertes de gâteaux, de fruits secs, de melons et de pêche, de fromage, de charcuterie...le tout servi avec moult sourires et encouragements par des hôtes aux visages enjoués et réconfortants...ce n'est plus un marathon, c'est un parcours gastronomique au pays des merveilles !

Chateau

Les kilomètres s'égrènent. Au-détour de virages, à la traversée de ruisseaux, à l'orée de petits bois, une foule d'enfants, de parents, d'amis et d'inconnus se presse pour encourager les coureurs. Les enfants, debout sur les bas-côtés, tendent des mains amicales que je tape en signe de remerciement et de complicité à mon passage. D'autres proposent eau et aliments à des coureurs trop heureux de se rafraîchir d'un verre, et d'un sourire.

Encouragements

Ca et là, des troupes de musiciens ont improvisé un concert...les oreilles ont à peine le temps de s'habituer aux percussions d'un groupe latino que les sons électriques d'un rock fracassant les attend quelques hectomètres plus loin.

Après chaque courbe, je découvre devant moi le tracé blanc des chemins de vigne, qui fuit au loin devant moi, ondulant gaiement entre les parcelles et les collines. Et sur cette route, la cohorte bariolée des coureurs s'étend à perte de vue. Cette procession de déguisements qui galopent au gré des vignes confèrent à l'ensemble une touche féérique en enivrante...attendez-moi !!

Chemin_enchant_Chemin_de_coureurs

Au kilomètre 21, j'aperçois, devant moi, la plume d'un robin des bois que je connais bien: c'est mon boss qui se démène au loin, le père JG en personne, béret vert de robin sur la tête et arc de pacotille porté en bandoulière ! Je le rejoins et le hèle...on se marre bien tous les deux de ces retrouvailles heureuses au milieu d'une armée de 8000 disséminée au gré des vignes. Il a le visage cramé par le soleil le chef JG, mais il avance inlassablement. Après 1 km ensemble, je l'abandonne à son sort, ne soupçonnant point que la partie de plaisir vient pour moi de s'achever...

Au ravitaillement suivant, je me dis que quelques heures ont quand même passé et qu'il serait temps de prendre mes pastilles anti-crampes...la crampe, c'est mon pire ennemi...! Malheureusement, la main que je plonge dans ma petite poche secrète a beau farfouiller, nulle trace des fameux cachets !

Et c'est avec dépit que je finis par comprendre le tour de passe-passe qui s'est joué à mon insu: j'avais mis les cachets dans cette poche, désormais détrempée de sueur après plus de 2 heures de course sous le soleil...ils ont tout simplement fondu ! Honteux, je reprends la route, en me disant que j'aurais du mieux retenir la leçon du petit poucet et de ses morceaux de pains disparus...c'est pas faute de me l'être faite conter par Grand-mère...

A quoi pensaient donc les organisateurs de la course en plaçant, entre le km 23 et le km 31, ces petites collines bien casse-pattes ! Le parcours se corse davantage, et la difficulté coïncide avec le zénith du soleil, qui bastonne sans vergogne ma pauvre tête dodelinante. Malgré les jets d'eau que me prodiguent certains jardiniers, depuis leur potager, et en dépit des morceaux de melon que j'engloutis aux ravitaillements, je laisse pas mal de forces dans cette succession de petites ascensions.

Chaud

Dans une grande ligne droite, je dépasse bon nombre de participants, arrêtés sur le bas côté, épuisés par les efforts déjà consentis. Je me fais à mon tour dépasser par une jeunette brune aux jambes élancées, et je ne peux m'empêcher d'admirer cette foulée gracieuse et souple que ne paraissent pas avoir perturbé les accidents du terrain rencontrés jusqu'alors. Sans prévenir, la belle stoppe net, se retourne et presse un jeune homme en galère quelques mètres derrière moi...pauvre Roméo, malmené par sa Juliette !!!

Mes jambes sont encore bonnes lorsque je sors de cette portion et je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire confiant alors que je franchis le panneau du mythique km 30...celui qui cache "le mur" que racontent nombre de récits de valeureux marathoniens.

Km 31...tout va bien...Km 32...rien ne va plus !! Ca y est, les crampes m'ont rattrapé. Mon quadriceps gauche a cédé le premier. A chaque foulée, il reste contracté au lieu de se détendre lorsque je ramène la jambe gauche. Je poursuis tant bien que mal, comptant les mètres avant que mon quadriceps droit ne cède à son tour.

Le chemin de croix vient de commencer pour moi, il reste moins de 10 km, qui me paraîtront une éternité, et que je mettrai plus d'1 heure et demie à parcourir. Désormais, je m'arrête à tous les ravitaillements pour chercher avec frénésie du sel, de l'eau et prendre le temps de m'étirer. Je repars à chaque fois sans peine, mais les nœuds qui contractent mes cannes se re-nouent après quelques dizaines de mètres.

C'est déconfit que je vois de nombreux participants me dépasser en marchant, tant ma foulée est devenue lente et hachée. Mais je ne suis pas le seul à avoir ainsi explosé en plein vol...la brune aux jambes souples est complètement à l'arrêt au pied d'une fontaine. Elle et son Roméo se plient en étirements le visage grimaçant...

Au km 41, point de ravitaillement en melon. A défaut, il est possible de s'arrêter engloutir une entrecôte au barbecue ! J'avoue que je meurs de faim et cela fait quelques minutes déjà que je rêve d'un plat de pâtes bien garni ! Je boude cependant l'entrecôte mais embarque une glace au chocolat, dévorée en une poignée de secondes !

Entrec_te

Devant moi, les platanes se rangent à présent en une allée majestueuse, et le village de Pauillac apparaît enfin. Est-ce la vision des maisons, la réalité du dernier km, la foule de plus en plus dense qui crie ses encouragements...je ne sais pas...toujours est-il que mes crampes se font moins tenaces et je peux de nouveau relever la tête et enchaîner quelques foulées plus véloces.

Dernier virage à gauche...je débouche sur la grande avenue quittée ce matin et aperçois le tapis rouge qui conduit au portique d'arrivée. Cet avenant chemin de félicité sera le dernier piège placé sous mes jambes fatiguées. Je butte dans une pierre cachée sous le tapis et manque de chuter à quelques mètres de l'arrivée...Heureusement, je parviens à redresser et...à franchir la balise ultime qui marque la fin de ce 22ème Marathon du Médoc...Et le chrono d'indiquer: 04h31 !!

Arriv_e

Ouf, retour au bercail...c'en est fini cette fois-ci des pêtages de plomb...Dieu que ce fut rude ! On ne m'y reprendra plus, promis !!

Cela dit, après une bonne nuit de sommeil au Tuco, je me suis pris à penser que finalement, c'était bien bon tout ça !! Que de souvenirs !

Certes, mais pieds ont un peu trinqué dans l'histoire...mais pas trop quand même:

N__7706

A bien y réfléchir, je me suis vraiment bien marré, et j'ai tellement appris en ces quelques heures de cuisson sous le soleil, que, finalement, je suis trop content de m'être embarqué dans ce 22ème marathon du Médoc !

Put_your_hands_up

Zzz

Alors, c'est un immense MERCI que je dis à l'ami JG de m'avoir entraîné dans cette aventure ! Et un grand coup de chapeau pour sa perf en 04h35 !!

J'espère que le trip vous aura séduit vous aussi...si c'est le cas, just tell me et on remettra cela ensemble !!

@ bientôt les coureurs !!

Kic_cuila

Posté par vivien47 à 19:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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